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un congrès en décembre

Parti communiste réunionnais

Un Congrès en décembre

Lors du rassemblement tenu le 30 mai à Sainte-Suzanne par plus de deux cents militants du parti communiste réunionnais, Maurice Gironcel a, au nom du Secrétariat du PCR, donné un éclairage sur la situation présente et quelques orientations pour la tenue d’un « Congrès extraordinaire », en décembre.

Pendant tout le mois de juin, la section de Sainte-Suzanne a tenu des réunions de quartiers dans tous les secteurs. Les informations données répondent à plusieurs objectifs. D’une part riposter à la campagne politico-judiciaire dont Maurice Gironcel est la cible depuis bientôt dix ans. Il faudra un jour faire l’estimation du coût, pour le contribuable, de cette “procédure sans fin”.

Politiquement, considérant les décisions prises ces dernières semaines et leur impact sur une situation économique déjà dégradée par l’effondrement financier de 2008, le PCR appelle les Réunionnais à se considérer « en état de légitime défense » et à s’unir pour riposter. Il devrait prochainement mettre ses propositions « dans les luttes des prochaines semaines, des prochains mois, pour obtenir des solutions adaptées pour notre pays » a résumé Maurice Gironcel.

Parmi les luttes au travers desquelles le PCR va renouer des contacts étroits avec les populations des quartiers déshérités, il y a la dénonciation du racisme. Un Comité s’est constitué récemment pour interpeller les autorités après les propos tenus par un présumé enseignant, justifiant ainsi les attouchements sexuels qui l’avaient conduit devant le tribunal : « Je suis blanc et, de toute façon, ici c’est des nègres et toutes des p… et c’est comme cela qu’il faut faire ». Le Préfet Paul Girot de Langlade a été condamné pour moins que cela… si l’on peut dire. Mais c’était à Paris…

Enfin, des propositions sont à l’ébauche en vue de l’organisation d’un Congrès extraordinaire qui se tiendrait « normalement les 11 et 12 décembre, au Port ou à Saint-Denis », en point d’orgue d’une campagne pour « renforcer notre parti, en mobilisant dans toute La Réunion, pour arrêter la casse » a ajouté le responsable communiste. La mobilisation, annoncée comme « une campagne politique permanente », a pour cible les conséquences sociales de la politique de Sarkozy, aggravée ici « par les décisions de démolisseurs irresponsables ».

L’année 2010 s’annonce comme un temps fort de mobilisation certes, mais aussi de recentrement ou de “recadrage” : rien à voir avec le rassemblement commémoratif des 50 ans du PCR, en 2009. Maurice Gironcel a annoncé que « pour gagner le combat, il faut discuter de nos idées et les faire connaître ». Un programme chargé… qui va demander un certain échauffement.

 

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Hommage Lucet Langenier

Lucet Langenier au cœur

Délégation au cimetière paysager

Comme tous les ans le 30 juin, une délégation de la ville de Sainte-Suzanne s’est rendue sur la tombe de Lucet Langenier (6 janvier 1943 – 30 juin 1993), ancien maire communiste de la petite ville, qu’il avait reprise en 1980 aux gros propriétaires fonciers. L’hommage de cette année est donc aussi un anniversaire politique, dont le souvenir reste très vivant dans la mémoire populaire.

Une des figures de la Résistance de Sainte-Suzanne manquait cette année dans la délégation qui s’est rendue mercredi au cimetière paysager du Port. Thérèse Damour, disparue dans le courant du premier semestre 2010, a rejoint au paradis des “ zarboutan la liberté ” ceux et celles auxquels Maurice Gironcel, élu PCR et tête de la délégation, a rendu un hommage mêlé au souvenir de Lucet Langenier. Avec Thérèse Damour et Guy, son mari, emporté bien avant elle par accident, d’autres disparus comme Guy Nasseau, Christol Valentin, Gabriel Boudia, Léon Moudiapin, Marc Dalleau, Bernadette Damour ou Emilien Lattention, ont été les premiers soutiens à la lutte engagée par Lucet Langenier, au début des années 70, pour arracher la petite commune rurale du Nord à la bourgeoisie de « labitasyon ».                       

Lucet Langenier (1943 – 1993)

Ceux des anciens qui sont encore là font des récits mi-épiques, mi-burlesques de ces batailles d’autrefois : pour apporter l’eau et l’électricité dans des cases ou des calbanons d’un autre âge, pour construire des logements neufs, des équipements culturels… Toutes et tous ont fait de Sainte-Suzanne cette « cité enviable à bien des égards » dont rêvait Lucet Langenier dans le premier numéro du journal municipal qu’il livra aux habitants après son élection, a rappelé Maurice Gironcel, qui devait lui succéder à la mairie.

Au moment où une offensive politique, venue de l’institution judiciaire, s’emploie à restaurer dans la mairie une gestion de privilégiés, le souvenir de Lucet Langenier et de l’action politique qu’il a entreprise, soulève dans une part importante de la population une forte volonté de résistance. C’est ce qu’est venue exprimer mercredi une quarantaine de communistes de Sainte-Suzanne, accueillie au cimetière paysager par une petite délégation de la cité maritime.

L’hommage à Lucet Langenier a été suivi d’un hommage à Laurent Vergès, élu en juin 1988 plus jeune député de l’Assemblée nationale et emporté quelques mois plus tard, le 12 octobre, dans un accident. L’action de ces militants exemplaires laisse jusqu’à aujourd’hui des enseignements précieux pour la jeunesse réunionnaise sur le sens de l’engagement et l’orientation à lui donner selon le projet politique proposé comme construction commune.

C’est aussi pourquoi on pourrait imaginer que ces hommages annuels soient rendus non pas seulement par deux sections du PCR mais par l’ensemble du parti, au travers d’une reformulation actualisée de ce qu’a été l’action de ces deux militants et élus, particulièrement aimés et respectés par la population.

 

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travay kominiss

Travay kominiss

10 juin 2010 – Mi koné pa si zot la antandi Vladimir Poutine kozé lot soir. Momandoné li la di : dann listoir son péi, néna “ lépok zariss ”, lépok “ estaliniènn ”, aprésa “ lépok kominiss ”…ziska sak la amèn azot dann sitïasion koméla – li la pa gaingne di koman i apèl, é mi kroi i vo mié li té i di pa rien…

Mé sak la mèt amoin sé antann boug-la kozé dessï in lépok “ kominiss ” apré lo passaz lo caterpilar… Avan somanké, dann tan bann soviet. Mé apré… kan-sa ? Gorbatchev pétèt noré fé in afèr pou révèy lo pèp, fé lèv ali… Sèlman la pa donn ali lo tan.

Sak mi voi, sé lo travay kominiss i avans dann in bon pé péi, mé lé difissil anfèrm ali dann in “ lépok ” sinon sa in “ sistèm ” gouvèrneman. Pou moin, sé in afèr lé ankor dovan nou, nou viv dedan é nou pé préparé, mé néna ankor bon pé travay pou fé avan nou gaingne baléyé tout so moustranïr néna in pé partou. Lo plï inportan pou nou, isi La Rényon : mèt anou dakor dessï in loriantsion politik ansanm dé-troi priorité pou fé avansé, é pou anpar lo plï maléré dann sitiasion la kriz.

Mé in lorantasion politik-la, sa lé pa in programme pou inn-dé mandatïr konsey rézional sinonsa zélèksion présidansièl : sé plïske sa. I fo néna dedan lo bann zingrédian i fé lo mayaz ansanm tout’ bann Réyoné i vé mèt anlèr nout péi, mèt anlèr La Rényon : kisoi kominiss, sosialiss, bann travayèr krétien, zindouiss, mizilman… bann “ lindépandantiss ” (…indèksé ! eskiz ! la shapé…), bann “ rien di tou ” pourvï zot lé pré fé sakrifiss pour lintéré zénéral lo péi. Sof koman, anon rassanm tout, kont in politik i ékraz touzour plïss sak lé plï fay.

Mé rasanm tout-la… sa i vé dir bann rasanblèr i doi bien kozé rantr zot avan, èt bien klèr si kèl baz zot i sar rasanblé. Lo diskision rantr bann kominiss i fé parti lo travay lo rasanbleman : é dopi konbien tan la pa fé sa dann PCR ?

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L'histoire d'une fraternité

Brigades internationales, 1936-1939

 

L’histoire d’une fraternité

 

30 juillet 2009 – Saint-Denis de La Réunion. Espagne, août 1939. Sept mois après la prise de Barcelone par l’armée franquiste, cinq mois après la bataille de Madrid remportée elle aussi par les “nationalistes félons” – ils s’étaient soulevés trois ans plus tôt contre le pouvoir républicain élu par le peuple en 1931 –, ces défaites sonnent le glas des espoirs républicains et des Brigades internationales (BI) constituées pour leur venir en appui.

 

Dans les faits, les Brigades internationales s’étaient retirées d’Espagne depuis octobre 1938, la Despedida de Barcelone symbolisant les adieux déchirants des civils anti-fascistes à l’Espagne et à la liberté. Mais beaucoup restèrent sur place, même après le discours de Negrin demandant leur retrait devant la Société des Nations (SDN), et refluèrent vers la France en 39 au milieu des 300.000 réfugiés espagnols. Ils seront emprisonnés dans des camps, à leur retour en France (forteresse de Haut Vernet) et certains s’engagèrent pendant la guerre contre l’occupant nazi, dans les FTP-MOI.

L’histoire des Brigades internationales est celle d’une solidarité de volontaires civils, la plupart ouvriers, venus de partout : de France bien sûr (Brigade La Marseillaise), le pays frontalier dont le gouvernement (Edouard Daladier) hésitait à s’engager ouvertement, tout en laissant sa frontière ouverte, et avait envoyé en mars 1939 un certain maréchal Pétain en ambassade à Madrid.

 

Naissance du photojournalisme

 

Les “Brigadistes” étaient venus de toute l’Europe continentale depuis juillet 1936 – Allemands de la Brigade Thaelman, Hongrois comme Paul Lukacs, Polonais (brigade Dombrowski), Soviétiques comme Manfred Stern, Yougoslaves comme Wladimir Copic, Italiens de la brigade Garibaldi…– mais aussi Anglais et Américains de la Brigade Abraham Lincoln, Cubains et Africains.

Beaucoup, devant une situation militaire désespérée, ont pris les armes, mais beaucoup se sont impliqués dans l’appui logistique ou encore dans la couverture photographique et médiatique d’une guerre atroce, laissant de très nombreux et précieux documents (lettres, clichés et photos).

 

Parmi les premiers reporters de photojournalisme figuraient Robert Capa – un Américain d’origine hongroise (Andrei Friedmann de son vrai nom), fondateur de l’agence Magnum –, David Seymour dit “Chim”, Kati Horna, une anarchiste hongroise dont près de 300 négatifs sont conservés à Salamanque. Le Hongrois Dezvo Revai, connu en Espagne sous le nom de Turai, était l’un des photographes officiels des BI. Gerda Taro, photographe allemande de 26 ans, est morte écrasée par un char républicain, alors qu’elle mettait en œuvre le conseil donné à tous par son compagnon, Robert Capa : “si ta photo est mauvaise, c’est que tu n’étais pas assez près”.

 

Près de 35.000 Volontaires étrangers se sont engagés en Espagne, par les circuits de l’internationale communiste et du Komintern, arrivés en masse à Albacete (Castille-La Manche). Beaucoup sont enterrés en Espagne. Ils avaient pour cri de ralliement ¡No pasarán ! le slogan lancé par la dirigeante communiste espagnole Dolorès Ibarruri (la Pasionaria), le 19 juillet 1936 depuis le balcon du ministère de l’Intérieur à Madrid.

Les fascistes sont passés, mais les résistants ont écrit une des plus belles pages de fraternité humaine jamais laissée en exemple aux générations futures.

 

 

C’est une des plus célèbres photos de Robert Capa : la mort du soldat Federico Borrell García, le 5 septembre 1936 à Cerro Muriano, à 12 km au nord de Córdoba.

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Laurent, ta jeunesse rebelle vit en nous

 

 

 

 

 

Brochure éditée par le parti communiste réunionnais – Supplément à Témoignages n° 10.223 du 29 novembre 1988 (imprimerie : Rotographie, Montreuil 93100).

 

Laurent Vergès est né à Saint-Denis, le 23 avril 1955, dans la maison familiale au 87, rue Pasteur (actuellement n°119), en présence de son grand-père, le docteur Raymond Vergès.

 

Il fit ses études à Saint-Denis et eut le bonheur de vivre dans une famille unie avec ses deux sœurs aînées, Claude, aujourd’hui médecin en Amérique centrale, Françoise, journaliste, actuellement étudiante en sciences politiques en Californie, et son plus jeune frère, Pierre, conseiller régional et général.

 

Sa jeunesse fut marquée très tôt, grâce à ses parents, par une connaissance de La Réunion, tant sur le plan historique et culturel que géographique et politique.

 

Une enfance heureuse, mûrie au cœur des luttes

 

Avec Paul Vergès, secrétaire général du parti communiste réunionnais, comme avec sa mère Laurence, journaliste et responsable de l’administration de Témoignages, il trempait dans ce bain culturel et de militantisme fraternel. Nombreux sont les camarades plus anciens qui l’ont connu enfant, quand il suivait, avec ses sœurs et son frère, son père dans ses déplacements à travers toute l’île. Beaucoup de ses camarades de jeux d’alors devinrent ses camarades de lutte.

 

Il fut très marqué, alors qu’il n’avait que neuf ans, par la clandestinité de son père. Clandestinité à laquelle ce dernier avait été contraint pour avoir refusé d’exécuter les peines de prison auxquelles il avait été condamné pour avoir combattu la guerre d’Algérie dans les colonnes de Témoignages, qu’il dirigeait alors.

 

Même si cela était parfois très dur pour un enfant, Laurent comprenait déjà le sens politique des perquisitions menées par la police et la gendarmerie au domicile familial ainsi que la surveillance dont sa famille était l’objet même pendant les vacances.

 

A diverses reprises, avec sa famille, il rencontra son père, mesurant ainsi la force de la solidarité populaire qui lui permettait de se jouer des forces de répression.

 

(photo : Laurent Vergès, avec Elie Hoarau et Paul Vergès, au siège du PCR, rue de l’Est)

Les souvenirs qu’il avait de cette époque sont restés très vivants et ont profondément influencé son engagement politique ultérieur. L’admiration qu’il vouait à son grand-père, Raymond Vergès – homme de pensée et d’action si plein d’humanité – contribua grandement à sa maturation politique.

 

L’éducation familiale, ouverte et libre, qu’il reçut lui fit connaître la vie réelle des Réunionnais – des plus pauvres surtout –, planteurs et ouvriers.

 

Quelques séjours de vacances chez des planteurs, notamment Angélo Lauret à Grand-Bois, en sont l’illustration. Adolescent, il participa à la coupe dans les champs de canne.

 

Après le baccalauréat, il commença une année de sciences économiques à l’Université [du Chaudron] mais, passionné alors par les ouvrages de René Dumont, son rêve aurait été de faire de l’agronomie, puis d’être démographe.

 

Avec Elie Hoarau

 

Alors qu’il était engagé dans la bataille des jeunes – lycéens et étudiants – pour leurs droits, les dirigeants de la section de Saint-Denis lui demandèrent de se consacrer à l’organisation des jeunes et au travail militant dans le secteur du Chaudron. C’est ainsi qu’en 1973, il participa activement à la campagne électorale cantonale dans ce quartier où se présentait Bruny Payet.

 

Elie Hoarau, alors dirigeant de la Jeunesse, marqua incontestablement son engagement, comme celui d’autres militants du PCR, Huguette Bello, Raymond “Doudou” Gonthier, Ary Yee Chong Tchi Kan et tant d’autres.

 

Il travailla quelque temps à la SBTPC en tant que métreur-géomètre, puis décida de partir à Paris pour y poursuivre ses études.

 

A la rencontre des autres

 

S’intéressant passionnément aux problèmes des peuples du tiers monde, il arrêta ses études et partit en reportage – en tant que photographe – dans les maquis d’Erythrée, en compagnie de son cousin Jacques Vergès, alors journaliste à RTL.

 

Profondément internationaliste, il manifesta contre la guerre menée par les USA au Viêt-Nam, pays de sa grand-mère paternelle, où il rêvait d’aller un jour.

 

C’était aussi l’époque où les luttes en Amériques latine passionnaient la jeunesse.

 

Avec pratiquement rien en poche, il s’envola pour le continent américain où sa connaissance de la langue espagnole lui fut d’une grande aide. En auto-stop ou en bus, il traversa une grande partie de ce continent, passant par la Californie, le Mexique, le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua récemment libéré.

 

Au Salvador en guerre, il vit de ses yeux la répression sanglante contre les jeunes du Front Farabundo Martí de libération nationale. Il racontait notamment que, tandis que des militaires fouillaient brutalement tous les passagers du bus où il se trouvait, deux jeunes gisaient, ensanglantés, sur le trottoir de la capitale du Salvador.

 

Après Panam, il termina son voyage par Cuba qu’il visita du nord au sud. Il rapporta de ce périple un reportage diapo magnifique d’intensité. Il adorait les voyages.

 

(photo de Laurent Vergès à une tribune)

Il eut la chance d’assister à un Congrès de jeunes du parti en Union soviétique. En novembre 1985, il fit un voyage d’étude avec le PCR en Chine. A l’invitation du journal communiste Avante, il se rendit au Portugal et participa à la fête annuelle de ce quotidien.

 

A New-York, il avait vécu quelques jours dans une famille ouvrière et put apprécier ainsi la lutte difficile dans ce pays par ailleurs fascinant.

 

Il connaissait bien l’île Maurice où, plus jeune, il avait fait quelques séjours. Le peintre Hervé Masson et sa femme Sibylle étaient devenus ses amis. L’année dernière, Hervé Masson avait fait don à Laurent d’un tableau qu’il avait ainsi dédicacé «A Laurent, que j’aurais aimé avoir pour fils. »

En tant que dirigeant du parti, il avait de bonnes relations avec Paul Bérenger et d’autres dirigeants du MMM.

 

A Madagascar, il était reçu comme un fils, notamment dans la famille de Gisèle Rabesahala, dirigeante de l’AKFM, ministre de la Culture, et amie de longue date de la famille.

 

En qualité de membre du PCR, il participa à la célébration de l’anniversaire de la création du Front Polisario, ainsi qu’au congrès constitutif du Parti communiste éthiopien.

 

Aux Antilles, il avait assisté à divers congrès de nos amis communistes et progressistes de la Martinique et de la Guadeloupe, et avait participé à différentes rencontres des forces de progrès des DOM.

 

Humaniste donc antiraciste

 

La lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud le touchait au cœur. Lycéen, ayant à remplir un questionnaire où il lui était demandé de répondre sur sa race, son antiracisme et son refus de ce terme de «race» lui avaient fait écrire : « race humaine ».

 

C’est aussi cet humanisme, cette ouverture de l’esprit qui laissaient apparaître en lui un dirigeant d’avenir pour notre parti et notre pays.

 

Retour au pays natal

 

En 1979, il revint pour un court séjour à La Réunion où – au cours du voyage de Georges Marchais – om réalisa un album photo qui fut largement diffusé.

 

De retour à Paris, il entra comme photographe au journal l’Humanité, puis devint correspondant de Témoignages. En 1980, il rentra définitivement à La Réunion et se fondit dans l’équipe de journalistes de Témoignages au sein de laquelle il acquit une autorité incontestable. Le métier de journaliste le passionnait. Il aurait aimé, disait-il toujours, « faire un journal anticonformiste, corrosif, subversif, sortir du journal militant purement pédagogique qui ne se justifiait plus » et en faire un journal d’investigation toujours plus efficace.

Il participait activement aux discussions présidant à la réalisation de ce nouveau journal.

 

Saint-André au cœur

 

Le PCR en fit un des jeunes cadres dont il avait besoin et lui confia la tâche de lutter à Saint-André. En février 1983, il fut élu sur la liste du PCR aux élections régionales et, en mars suivant, il conduisit la liste aux élections municipales de Saint-André avec un tel succès qu’il obtint la majorité réelle et – dans les conditions de fraude massive que l’on sait – ne fut privé de la victoire que par quarante-sept voix. Ce résultat truqué fut d’ailleurs annulé à la suite d’un recours. Laurent Vergès avait à peine vingt-huit ans.

 

Son combat à Saint-André fut permanent et il le mena avec autant d’intensité que l’avaient fait son père et son grand-père. En plus de ses tâches à Témoignages, il y consacrait ses soirées et souvent ses week-end, tandis que les responsabilités de plus en plus importantes le conduisaient au secrétariat du parti.

 

Bientôt, à son grand regret, il dut abandonner le journalisme. Il continua cependant à s’y intéresser à travers sa participation à la direction de Témoignages et l’importante responsabilité que représente la politique de communication du parti.

 

Député militant pour le peuple

 

En Octobre 1987, pour donner plus de force à leur combat pour l’égalité, Paul Vergès et Elie Hoarau démissionnèrent. Laurent devint donc député.

 

En juin 1988, le PCR lui confia la deuxième circonscription, où il fut brillamment élu député dès le premier tour avec plus de 56% des voix. Etre député, pour lui, c’était continuer la vie militante, servir la population, lutter pour l’égalité, contre le chômage de la jeunesse qui le préoccupait tant, penser et chercher avec tous ceux qui le voulaient, les solutions pour le développement de La Réunion. Mais tout ce qui accompagne ce mandat, comme les honneurs, lui importaient peu. Il restait profondément étranger à tout cela et lorsqu’il lui fallait assister à une manifestation protocolaire, il préférait rester en retrait. Cette modestie était l’un des traits de son caractère.

 

(photo d’une réunion politique avec Laurent Vergès parlant à des femmes)

Depuis 1982, il était également conseiller régional et, depuis 1986, vice-président du conseil régional. Il était également conseiller municipal de Saint-André, où il menait un combat permanent contre la fraude, la violence, la corruption, les trafics de faux-papiers, contre lesquels de multiples plaintes sont d’ailleurs toujours en suspens.

 

Il militait aussi à Salazie et à Bras-Panon, aidant les jeunes camarades.

 

Un insatiable besoin de savoir

 

Laurent aimait le sport qu’il s’efforçait de pratiquer malgré ses nombreuses responsabilités. A l’école puis dans son adolescence, il avait fait partie de l’équipe de hand-ball des Léopards et avait aussi fait du football avec les Poussins de M. Thirel.

 

Profondément Réunionnais, il avait soif de connaissance de l’histoire de son pays dans toutes ses composantes.

Déjà, avec le chauffeur de son père, son ami qui l’avait connu enfant, notre camarade Justin Almar, il aimait écouter les histoires savoureuses que Justin sait si bien raconter en créole. La Réunion a une histoire, une langue et la première langue maternelle de Laurent était le créole.

 

Il tenta d’apprendre le malgache à l’université mais ne put suivre les cours jusqu’au bout, trop occupé par la vie militante.

 

Il avait une profonde admiration pour Boris Gamaleya qu’il considérait comme le meilleur poète contemporain et l’écoutait avec passion. Il aimait les œuvres de Parny qui chantent la liberté.

 

Il suivait avec attention les groupes de maloya, parfois très critique sur une certaine stagnation, mais avec beaucoup d’intérêt pour les recherches de Ziskakan et surtout Daniel Waro, un ami pour lui.

 

Curieux de toutes les musiques, il écoutait aussi bien Mozart, Beethoven, Bartok, etc, que la musique de tous les continents, la musique moderne anglo-saxonne, comme les chants révolutionnaires de tous les pays.

 

Il adorait le cinéma, passion héritée de sa mère et de son père.

 

Ouvert à toutes les composantes qui ont fait La Réunion, il s’intéressait à la culture musulmane, aux cérémonies tamoules et aussi malgaches qu’il fréquentait, aux recherches du Théâtre Vollard. Il respectait toutes les religions et croyances qui font le peuple réunionnais dans sa diversité.

 

Très jeune, il avait parcouru l’île et ses cirques et, chaque fois qu’il le pouvait, il repartait sac au dos. Il se faisait une joie d’accueillir en décembre sa sœur Françoise, bonne marcheuse elle aussi, pour repartir, avec elle et ses amis, à la découverte toujours passionnante de son île, et les récents incendies de forêts l’avaient beaucoup attristé.

 

Toutes ces activités avaient créé des amitiés, des liens, des rencontres dans tous les milieux.

 

Son souci permanent : le rayonnement du journal. Dirigeant le comité de fêtes de Témoignages, il avait voulu lui donner une dimension plus culturelle. Ces dernières années, il avait impulsé les initiatives les plus diverses notamment la création du «Pavillon des mots » par exemple, en 1987, ou la venue de groupe de la Capoeira du Brésil en 1986, [celle] de Salif Keita en 1987. Pour cette année, il proposait une exposition sur l’histoire de La Réunion et l’esclavage.

 

Pour les enfants : amour et tendresse

 

Lisant beaucoup d’ouvrages politiques ou économiques, il s’intéressait aussi particulièrement à la pédagogie et à la psychologie de l’enfant. A Paris, dans les années 1976-1977, il avait animé des classes de lecture pour les jeunes enfants de l’école Freinet de la rue Vitruve dans le 20e arrondissement.

 

 

Il adorait les enfants et était très doux avec eux. C’était un père particulièrement affectueux pour ses deux fillettes, Djamila, cinq ans et demi (qu’il avait ainsi appelée en hommage à l’héroïne algérienne Djamila Bouhired) et Amalia, quatre ans, qu’il avait eues avec Marina Dobaria, sa compagne. Il avait beaucoup de respect pour les parents de Marina, dont le père, docker retraité, lui parlait des luttes de ce port ouvrier.

 

Il aimait emmener ses filles, quand il était libre, le dimanche matin, à la piscine ou à la mer, ou en pique-nique avec la famille, ses parents, son frère, sa belle-sœur, ses neveux et nièces et les amis proches qui s’y joignaient.

 

Laurent vit en nous

 

Sa jeune vie a été fauchée à trente-trois ans, après une longue semaine de travail, de veilles et de peu de sommeil, ce qui lui a coûté la vie sur la route littorale, rentrant vendredi soir, à Saint-Denis, après avoir déposé son père au SIVOMR et rencontré l’un de ses avocats et ami, Rémi Boniface, qui aura été le dernier, avec sa femme Ginette, à le voir plein de vie et de projets.

 

(photo : Laurent Vergès, lors de son élection comme député)

Laurent a eu une vie riche et bien remplie. Jeune cadre du PCR, notre parti et La Réunion perdent en lui un homme jeune et plein de valeur et de cœur.

 

Son souvenir vit parmi nous et il reste un exemple pour tous les Réunionnais et particulièrement pour la jeunesse de notre pays – dont il se sentait encore si proche – et dont la situation préoccupante lui avait donné toute la force nécessaire pour se battre et se donner jusqu’aux derniers instants de sa vie.

 

Notice biographique établie et diffusée par le comité d’organisation des obsèques de Laurent Vergès auprès du comité central du Parti communiste réunionnais. Le Port, jeudi 13 octobre 1988.

 

Méditer les messages laissés par Laurent

 

Le 22 octobre, réuni en session au Port, le comité central du Parti communiste réunionnais a adopté à l’unanimité une résolution appelant à méditer les messages laissés par Laurent. Une invitation qui s’adresse aussi aux jeunes Réunionnais. Ci-dessous le texte de cette résolution :

 

Avec Laurent, le Parti communiste réunionnais a perdu un membre éminent de sa direction, et celui qui apparaissait comme un de ses grands dirigeants à l’aube du prochain siècle.

 

Cette disparition intervient à un moment politique important où se dessinent les possibilités de véritables retrouvailles entre Réunionnais afin de faire face ensemble à tous les défis posés à La Réunion.

 

L’événement a soulevé une immense émotion dans toute l’île, dans tous les milieux, principalement chez les jeunes ; et aussi à l’extérieur de La Réunion.

 

L’intensité de l’émotion ressentie, l’ampleur de l’hommage rendu à Laurent, sa disparition elle-même, doivent être l’objet des réflexions de tous les communistes.

 

Du simple militant aux responsables et aux élus, dans les municipalités ou dans les diverses assemblées, [tous] doivent s’interroger et se remettre en cause en méditant sur les différents messages laissés par Laurent. Le respect de la mémoire et de l’exemple laissé par celui qui – si jeune – vient de nous quitter, implique cette remise en cause personnelle et l’engagement désintéressé encore plus ferme dans la voie où il s’était engagé.

 

En Laurent, certains ont salué le jeune député, d’autres le petit-fils ou le fils de dirigeants exemplaires, d’autres celui qui était à la pointe du combat pour la démocratie et contre la fraude, d’autres le militant, l’ami ou encore le Réunionnais s’affirmant toujours mieux dans son identité.

 

Mais à tous, Laurent à surtout donné l’image positive d’un dirigeant communiste de la nouvelle génération, ferme dans ses convictions, et par là même homme d’ouverture et de contact, toujours à l’écoute, avec curiosité, intérêt et respect de l’opinion des autres.

 

Dans son parti, Laurent n’a jamais rien revendiqué : ni responsabilité particulière, ni désignation à des postes électifs. Sur ce plan, chaque communiste doit méditer cette leçon.

 

Laurent fuyait la notoriété et les honneurs mais il prenait toujours la mesure des devoirs et des responsabilités que lui imposaient les tâches qui lui étaient confiées. Il préférait “être” que “paraître”, donner plus que recevoir, servir plutôt qu’être servi et encore moins se servir.

 

Il était hanté par les pièges de la notoriété, de l’intégration dans une société et un système de valeurs qu’il combattait, méprisait et jugeait dérisoires. Il mesurait la force de cette tentation de la facilité et de la vanité, qui est le plus sûr chemin vers la résignation devant les difficultés de la lutte, les accommodements avec la bonne conscience, le début de la justification de ses faiblesses et l’inversion des données de l’action où l’élu ne doit plus tout aux pauvres mais s’érige lui-même en bienfaiteur ayant droit à la reconnaissance. Il était l’ennemi de la vanité, de la vanité des petitesses.

 

Laurent haïssait les valeurs créées par l’argent dans notre société réunionnaise. Jamais, en tant qu’élu, il n’a voulu toucher ses indemnités, ne voulant recevoir que ce que les autres responsables percevaient, et qui était plus proche du salaire de l’ouvrier de catégorie exceptionnelle que du traitement du cadre de la fonction publique.

 

Pour cela, Laurent a montré que la dimension morale était inséparable de l’action politique. En cela, il a été le contraire d’un carriériste ou d’un notable. En cela, il a personnifié la jeunesse rebelle de notre pays et c’est pourquoi elle s’est reconnue en lui.

 

Parce qu’il avait senti dans son enfance la force de la cohésion, de l’unité d’une famille dans la vie de tous les jours pour permettre une vie militante exemplaire, Laurent avait réussi à recréer cette cellule familiale faite de solidité et de compréhension, indispensable pour une bonne efficacité de toute activité politique.

 

Laurent est mort non pas d’un stupide accident de la route, mais écrasé par la fatigue de jours de travail et de nuits de discussion au service des autres.

 

Parce qu’il était un homme de passion et de conviction, Laurent était un homme ouvert, aimant communiquer et dialoguer, curieux et respectueux de l’opinion des autres, cherchant toujours à comprendre et à convaincre. C’est ainsi qu’il concevait notamment la quête de l’identité réunionnaise comme une recherche permanente pour assimiler sans être assimilé, la fidélité aux racines de l’histoire réunionnaise étant à ses yeux une raison pour s’ouvrir à la culture des autres et non un prétexte à un repli appauvrissant.

 

Laurent était un internationaliste convaincu, toujours à l’écoute des luttes des autres peuples, plus particulièrement ceux d’Afrique, d’Amérique latine. Il haïssait de manière quasi viscérale l’odieux système de l’apartheid en Afrique du sud.

 

Dans chacun de ses contacts, de l’interlocuteur le plus expert au travailleur le plus pauvre, Laurent savait toujours trouver un enrichissement de ses connaissances et de sa sensibilité.

 

Chaque camarade doit réfléchir à ces éléments pour pouvoir dans sa vie quotidienne ou militante, se remettre en cause et se dépasser.

 

Laurent était le courage même – courage politique et courage physique – la générosité, la ténacité – même quand l’échec pouvait créer le découragement ici ou là –, la rigueur dans le travail, même quand ici ou là pointait la résignation, et la rigueur dans l’étude, la recherche.

 

Laurent était surtout modeste et avait une foi inébranlable dans l’avenir.

 

Laurent a tout donné de lui-même, a payé de sa propre personne et cela seul a suffi pour que son rayonnement soit immense. Il a fallu malheureusement sa mort pour que tous s’en rendent compte. C’est le dernier service rendu par Laurent à son parti : donner à ce dernier l’image d’un dirigeant symbolisant la jeunesse, sa joie de vivre, ses aspirations à la générosité, à la justice, à la dignité et au bonheur.

 

Chaque responsable, chaque élu doit méditer sur l’image qu’il symbolise lui-même aux yeux du peuple qu’il veut défendre.

 

Laurent est mort alors qu’il avait encore tant à nous apporter, mais ce qu’il nous a donné, les témoignages vivants qu’il nous laisse doivent désormais faire partie intégrante de notre patrimoine de militants, de dirigeants et d’élus du Parti communiste réunionnais.

 

Laurent était un rebelle, dérangeant les idées reçues et bousculant les habitudes acquises. Il méprisait les bonnes consciences. Il se remettait constamment en cause. Il était la vie même.

 

Que partout, dans toutes les occasions de la vie quotidienne, son exemple serve à la remise en cause nécessaire de notre vie militante.

 

Que partout se lèvent d’autres Laurent, et qu’ils prennent leurs places dans la lutte. Que se préparent partout les Laurent de la relève et de l’avenir du Parti communiste réunionnais, inséparable de l’avenir de La Réunion et de sa jeunesse.

 

Que chaque communiste s’engage activement dans cette voie.

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