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Tabac
Un “produit péi” disparu
22 mai 2009 – Saint-Denis de La Réunion. « L’expérience a depuis longtemps démontré que dans les îles tropicales, surtout celles dont le sol est volcanique, tous les produits de la terre s’affinent et gagnent par l’action du terroir et du climat une délicatesse dont n’approche aucun produit continental. »
Ainsi parlait en 1899 A.-G. Garsault, qui allait être le Commissaire de La Réunion à l’exposition universelle de 1900, dans l’introduction à son étude sur le tabac de La Réunion. L’homme parlait sans doute en connaissance de cause – il était aussi Directeur de la Manufacture coloniale de tabacs de Saint-Paul – mais ne témoigne pas une grande compréhension à l’égard des petits planteurs. « La Réunion est un des pays du monde où, proportionnellement, on fait le plus de fraude et où l’on fume le plus de cigarettes » écrit Garsaut, qui évalue autour de 100 tonnes/an – la moitié de la production – le « tabac fumé en fraude sans payer les droits ». La cause ? « Un prix de consommation beaucoup trop élevé… ».
Son plaidoyer pour la constitution d’une Régie semble plus inspiré de la volonté de se faire bien voir des services du fisc que d’un profond désir d’améliorer la production insulaire.
A en croire le bonhomme, on trouvait le meilleur et le pire, selon les astuces que trouvaient les petits planteurs de l’île pour corriger « deux défauts » importants : le fort taux de nicotine et la difficulté de combustion.
Les pieds de tabac cultivés à La Réunion étaient des variétés indigènes d’espèces importées : « langue de bœuf », « gros tabac bleu », « macouba » ou « mille feuille » (sorte de havane) avaient précédé les variétés « Sumatra », « Manille », « tabac d’Orient » ou « Connecticut ». Les immigrés chinois, qui connaissaient aussi la culture du tabac, auraient d’après Garsault aromatisé à l’opium la production péi ! « …Il étourdit très légèrement, calme la faim et ôte l’envie de fumer ! » dit-il.
Au tournant du 19e et du 20e siècle, l’île comptait environ 100.000 habitants et sept fabriques de tabac qui vivotaient en exportant bon an mal an vers Maurice et Madagascar 90 t. de tabac exempté de droit.
On le plantait à la Plaine Bois de Nèfles (Saint-Paul), à Salazie et à Saint-Louis, à Dos d’Ane et à la Nouvelle (Mafate). On importait aussi 8 à 10 t. chaque année de « tabacs en feuilles destinés à la fabrication des cigares », ainsi que 40.000 à 50.000 cigares d’Algérie « à bas prix ».
Les créoles aimaient produire un tabac « noir et fort », aux antipodes du goût européen.
Il y est dit aussi que « tout le monde fume à La Réunion, souvent même les jeunes enfants » et que les jeunes femmes utilisaient une solution à base de tabac pour se blanchir les dents… P. D
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