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les travailleurs de Bélouve

Les travailleurs de Bélouve          

 

2 octobre 2009 – Le Parc national de La Réunion a dans ses missions et priorités de recueillir la “mémoire vivante” de notre patrimoine et de la faire partager. C’est ce qu’une de ses équipes a fait en préparant un diaporama sur « les travailleurs de Bélouve » qui sera prochainement en circulation dans les communes de l’est, à l’appui d’une exposition de photos.

 

Ne manquez pas, lorsqu’elles seront exposées, les magnifiques photos sur les travailleurs de Bélouve – les unes d’époque, par un mécanicien photographe, Ah-Loye Law Way, qui a côtoyé ces équipes au début des années 50 ; les autres récentes, par des photographes partis dans leurs pas sur les sentiers reliant la Plaine des Palmistes ou la Plaine des Cafres à la forêt de Bébourg par la Fenêtre, ou à Bélouve, au-dessus d’Hell-Bourg. Un diaporama l’accompagnera, préparé par une équipe sous la responsabilité de François Virassamy-Macé.

 

Leur équipée aurait duré une dizaine d’années, entre la fin de la Seconde guerre mondiale et le début des travaux de construction de la route de Petite Plaine à Bélouve et du téléphérique, en 1954-55. Trois d’entre eux ont accepté de témoigner.

Louis Lépinay, Marcial Turpin et Roland Vélia, ainsi que Ah Loye Law Way, le mécanicien, nous parlent d’un temps où les déplacements se faisaient à pied, à travers la forêt. Tous ont convergé vers Bélouve parce que là était la ressource : le tamarin des hauts, dont ils tiraient du charbon de bois, des bardeaux et des planches ; le fanjan aussi.

Ils avaient à l’époque entre 10 et 15 ans – certains enfants travaillaient, d’autres portaient à manger à un parent – et ils traversaient la forêt pieds nus, réservant leurs soulyé goni pour les sols rocheux les plus coupants.

Ils parlent de la forêt comme d’un immense espace de liberté, celui qui les soustrayait à une autorité parentale souvent très rigide. L’un d’eux, Louis Lépinay, évoque « un désert de forêt » pour dire l’étendue des arbres à perte de vue. C’était tout leur univers : ils y vivaient dans des “camps”, comme les ancêtres marrons : c’étaient des abris à deux pans, en bois de tamarin amarré par de l’écorce de mahot dont ils recouvraient la charpente d’une herbacée poussant en touffe, la pay sabre : une grande herbe indigène des sols humides, réputée très imperméable. Ils ne tenaient pas debout sous ces abris ; ils ne faisaient qu’y dormir, le temps de rejoindre les chantiers de coupe.

 

Leur récit plonge dans l’histoire de La Réunion au sortir de la guerre et évoque une grande pauvreté, dans une société où le travail rémunéré était rare. Ils devaient aller chercher la ressource où elle était et ont vécu pour cela en vrais hommes des bois. En hommes libres aussi, fiers de leur travail.

 

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