Absentéisme
enseignant
Des parents
mobilisés
25 novembre
2010, Saint-Paul – Un début de mobilisation de parents d’élèves de l’école
élémentaire Eugène Dayot, en ville de Saint-Paul, a rassemblé ce jeudi matin,
entre 7h et 9h, une dizaine de parents qui ont manifesté devant l’école :
ils protestent contre la lenteur de l’Académie dans le règlement d’un problème d’absentéisme
qui pénalise les enfants de la classe de CM2 C. Après une rencontre avec la
directrice de l’école, ils reviendront lundi avec la volonté d’obtenir une
réponse de la principale intéressée – une enseignante qui cumule déjà
« un mois et demi d’absence », selon les parents, depuis le début de la
rentrée scolaire.
Dès 7h, ce jeudi matin, des parents d’élèves de la
classe de CM2 C ont installé une banderole de papier sur la grille de l’école
Eugène Dayot (Saint-Paul ville) : « Parents
en colère, Entrée en 6e compromise, scolarité de nos enfants en
danger ». Plusieurs parents ont pris position devant l’école pour en
bloquer l’accès et discuter avec les parents qui arrivaient au fur et à mesure,
jusqu’à 8h.
Karine : « C’est
notre première action devant l’école depuis le début de l’année, mais à maintes
et maintes reprises nous avons demandé des informations à la directrice sur les
raisons de ces absences répétées. L’Académie nous laisse sans réponse, alors
que nous avons demandé plusieurs fois des rendez-vous. Donc, aujourd’hui, nous
faisons un petit blocus, pour montrer que nous sommes concernés par la
scolarité de nos enfants… concernés et inquiets… La directrice nous dit que
l’enseignante est malade : en ce cas, qu’on nous trouve un maître ou une
maîtresse de remplacement pour assurer la scolarité des gamins jusqu’à la fin
de l’année. On sait que cette enseignante a déjà quitté deux précédentes écoles
pour le même motif. »
Alexandra : « Nous
sommes ici ce matin pour montrer notre irritation devant une situation qui dure
depuis pratiquement la rentrée d’août. La maîtresse de CM2 C est très souvent
absente et on ne nous donne aucune solution de long terme. Les enfants n’ont
presque rien fait ce trimestre ; on est inquiet parce qu’ils ont une
évaluation nationale – en français et mathématique – en février et une
orientation en 6e à la fin de l’année. Nous avons envoyé un courrier
à l’inspection académique et lundi dernier, nous sommes partis demander un
rendez-vous et on nous a dit qu’on ne nous recevrait que mardi prochain. C’est
vraiment trop long… Avant que la maîtresse revienne de son congé, nous
voudrions une solution pour le long terme… que nos enfants puissent commencer à
travailler dans de bonnes conditions, ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent. On
peut estimer à environ un mois et demi le temps passé en congé maladie, sur
l’ensemble du trimestre… C’est beaucoup. »
Les parents ont maintenu le portail fermé pendant
près d’un quart d’heure après 8h, puis ont laissé entrer les enfants des autres
classes, après un bref échange à travers les grilles avec trois enseignants et
la directrice de l’école. Celle-ci a ensuite reçu pendant près d’une heure une
délégation de parents. « C’est la
première fois qu’elle nous reçoit depuis le début de l’année » a commenté
un parent resté à l’extérieur devant la grille fermée. A leur sortie, les
parents toujours très déterminés ont annoncé leur décision de revenir lundi.
Maria : « Nous
avons demandé à rencontrer l’enseignante pendant son temps de travail. Pourquoi ?
Parce que si elle est malade, il faut qu’elle se mette en congé maladie longue
durée, pour être remplacée sur du long terme, c’est-à-dire jusqu’à la fin de
l’année scolaire. Le trimestre se termine… Là, on nous propose des
cours de rattrapage sur deux semaines, mais est-ce que cela va suffire pour
combler un retard cumulé sur l’ensemble du trimestre ? Ils n’ont rien
comme bagage : nous ne voulons pas d’une éducation à deux vitesses… Cela
dépasse les bornes ! Nous reviendrons pour étendre l’action, parce que ce
sont nos enfants qui sont pris en otage, et cela ne dérange personne ! »
Les manifestants vont maintenir leur mobilisation et
sensibiliser les parents des autres classes jusqu’à lundi et mardi prochains.
Ils dénoncent dans cette situation, la légèreté des responsables académiques
qui ont assigné une classe de CM2 à une enseignante dont l’absentéisme était
connu. « Dans la fonction publique,
les agents peuvent avoir jusqu’à 3 mois d’absence pour raison de santé ;
mais si on ajoute ces absences aux congés ordinaires, qu’est-ce qui reste des
huit mois que dure l’année scolaire ? Comment s’étonner que les enfants de
La Réunion aient plus de difficultés que les autres ? Comment va-t-on
combattre l’illettrisme avec de pareilles attitudes ? » a demandé
un ancien parent d’élève. Agent de la fonction publique, il s’est fait
accusateur : « Je suis bien placé
pour savoir que l’administration pratique le “deux poids, deux mesures” devant
les demandes de congé » ajoutait-il.
Le fait est que les évaluations de CM2, tant
redoutées par les élèves et leurs familles, ont donné en 2009 des résultats
préoccupants : 16% d’élèves en très grande difficulté en français (7%
en France); et 30% (le double de la France) en très grande difficulté en
mathématiques. En Français, 24% des élèves de CM2 ne maîtrise pas assez les
savoirs fondamentaux. En mathématiques, ils sont 23% à avoir moins de la moitié
des réponses. Ceux qui donnent entre la moitié et les deux tiers des bonnes
réponses ont à « consolider leurs savoirs » : ils sont 28% en français et
24% en mathématiques, selon les données de 2009.
Au final, moins d’un quart des enfants évalués à La
Réunion en CM2 sont considérés comme ayant « des acquis très solides »
en mathématiques (ils sont 35% en France) et ils ne sont qu’un tiers à être
dans le même cas en Français (contre 45% en France). L’inquiétude et la colère
des parents de Saint-Paul, hier, étaient proportionnées à ces résultats, par
ailleurs pris en compte par les responsables académiques dans la distribution
des dispositifs de soutien et des maîtres spécialisés.
En résumé, le cas soulevé à Saint-Paul est un “bon”
exemple, parmi d’autres, des mécanismes en jeu dans la “ pérennisation ”
de l’illettrisme à La Réunion. P. D

