Rassemblement
des femmes avec l’Union des Femmes Réunionnaises
Les
femmes réunionnaises veulent la parité politique
Grande Fontaine, Saint-Paul, 18 mars 2012 – Le rassemblement de femmes
organisé ce matin par l’Union des Femmes Réunionnaises (UFR) que préside
Huguette Bello, maire de Saint-Paul et députée de la circonscription, a été
marqué par une forte et très fervente participation populaire.
La salle Leconte de Lisle, à la Grande Fontaine, est
archi-comble. Les femmes sont venues de Saint-Paul bien sûr – la commune
de l’île la plus étendue – mais aussi des autres communes du Territoire de
la Côte Ouest (TCO), du sud et de l’est ; la route littorale, qu’on
annonçait fermée, a finalement été basculée et les militantes de Saint-André
ont rejoint celles de Saint-Pierre ou du Tampon, pour marquer avec un temps de
décalage, la Journée internationale des femmes, initiée en 1910 par Clara
Zetkin à Copenhague. Célébrée dans l’île par l’UFR depuis 1974, cette journée a
été reconnue officiellement en France en 1982.

Des femmes originaires de
Mayotte et Anjouan ont ouvert le rassemblement par un chant de bienvenue.

Le discours d’Huguette Bello brosse d’abord
un tableau des discriminations qui frappent encore et toujours les femmes dans
le monde.
Concernant La Réunion, le discours de la présidente de l’U.F.R
contient pour l’essentiel deux messages forts : l’un est social et donne
des perspectives d’égalité aux luttes des femmes ; l’autre est politique
et concentré sur l’application de la loi de parité politique (loi du 6 juin
2000), qui vise à favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux
mandats électoraux et aux fonctions électives. Cette partie de son discours a éreinté les
dirigeants du PCR qui se sont opposés à ce qu’elle se représente dans la 2e
circonscription. Il faut noter qu’Huguette Bello, en rappelant le
positionnement de Paul Vergès « qui a toujours été si soucieux de
libérer les Réunionnais de tout esclavage », a trouvé – en dépit de ses critiques contre l’actuelle
direction – à faire acclamer l’ancien Secrétaire général du PCR.
• Au plan social – « D’étranges
paradoxes »
accompagnent encore trop souvent les avancées sociales arrachées par les
femmes.
L’éducation de masse installée
dans l’île il y a environ 40 ans a permis aux femmes de combler leur retard :
« Plus nombreuses à obtenir le Bac, elles poursuivent aussi plus
souvent des études supérieures et accèdent aux grandes écoles. Mais,
dans le même temps, elles rencontrent encore plus de difficultés que leurs
collègues masculins pour leur insertion sur le marché du travail ». Si les
femmes ont fait une « entrée massive » sur le
marché du travail salarié, « leur taux d’activité est plus faible que celui des
hommes : 55% contre 67% (…) ». Et c’est encore sans rien dire des
inégalités salariales. Le chômage des jeunes, comparable dans notre île à ce qu’il
est dans les pays en guerre – Huguette Bello a fait la comparaison avec
Gaza – a fait l’objet d’une motion.

Paradoxe
encore dans les retraites, où la situation des femmes va être aggravée par la
réforme Sarkozy-Fillon : alors que les femmes ont souvent plus de
difficultés à valider une carrière complète, elles seront – du fait de la
réforme – « plus nombreuses à devoir travailler jusqu’à 67
ans », tout en ayant « plus de peine pour bénéficier d’une retraite à
taux plein ».
Contre les violences
intrafamiliales – qui ont causé la mort de six femmes l’an dernier – l’UFR
avance une proposition de loi-cadre qui, à la différence des « mesures
préventives » régulièrement votées, aurait l’avantage de « mobiliser les
moyens, de rassembler les dispositifs et de créer un choc salutaire ».

Sur toutes ces
questions sociales – formation, emploi, retraite…– comme sur les autres,
il ne s’agit pas pour l’UFR d’opposer les femmes et les hommes, mais de
comprendre dialectiquement que les avancées conquises par les plus opprimé(e)s
tend à libérer la société de l’oppression : « quand ça va bien pour les
femmes, ça va mieux pour les hommes et c’est l’ensemble de la société qui
progresse » a dit Huguette Bello, en citant Mikhaïl Gorbatchev, Nobel de la
Paix 1990 : « “ Avec l’expérience, je constate que, si vous voulez
résoudre un problème, vous devez avoir des femmes avec vous. ” Puisse-t-il
être entendu jusqu’ici ! » ajoute la présidente de l’UFR, dans une
allusion transparente au “ machisme ” politique ambiant.
• Au plan
politique – La parité reconnue aux femmes plus de 40 ans après qu’elles
ont accédé au droit de vote, est inscrite dans la loi du 6 juin 2000. On peut
considérer cette loi comme un pis-aller, mais elle permet aux femmes de siéger
à parité dans les conseils municipaux et les conseils régionaux. « Mais
ce progrès ne doit pas faire oublier que, dès que la législation est muette ou
présente des failles, ces failles ou ces silences sont immédiatement exploités
par les partis politiques » tempère la présidente de l’U.F.R. Celle-ci dénonce,
dans la réforme gouvernementale des collectivités territoriales, un choix de
mode de scrutin qui, si elle aboutit en 2014, élira près de 81% de conseillers
pour seulement 19% de conseillères élues. La transition est toute trouvée pour
ironiser sur le « feuilleton paritaire des dirigeants du PCR. » Sa critique porte
sur le fait que, dans les sept circonscriptions, « les dirigeants ont
finalement désigné des hommes comme titulaires et des femmes comme suppléantes.
(…) Aux yeux des dirigeants du PCR, aucune femme, aucune Réunionnaise n’est
digne d’être titulaire. »

Marlène
Derfla (à droite) a promis «inn totoshman» aux mairies qui prendraient des
sanctions contre les femmes de l’U.F.R. A gauche, la conseillère générale
Michèle Canaguy.
La loi prévoit de
moduler l’aide financière accordée aux partis en fonction de l’écart entre le
nombre de candidats et le nombre de candidates présentés par chaque parti. « C’est
l’écart entre les candidats titulaires qui est visé – ajoute Huguette
Bello – Plus l’écart entre les candidats et les candidates est grand, plus
la dotation financière diminue. Ainsi, pour le PCR, l’écart entre les sept
candidats titulaires et les zéro candidates titulaires est de 7. Au football,
ce serait un score fleuve : dirigeants du PCR : 7 / Parité : 0 ». Elle indique dans
la foulée que, dans un telle configuration, « la sanction financière
sera maximale »… « Conclusion : La direction du PCR préfère subir
des sanctions financières plutôt que d’appliquer la parité. »
Son intervention explique ensuite la parité
selon le type de scrutin. L’élection législative est un scrutin uninominal
à deux tours, très différent des scrutins de liste où il y a
obligation de présenter un nombre équivalent d’hommes et de femmes (en France,
on les appelle les listes “chabadabada”) : c’est le cas aux régionales,
aux municipales, aux européennes et aux sénatoriales dans les départements qui,
comme La Réunion, élisent au moins quatre sénateurs.
Il y a deux cas de scrutin uninominal à deux
tours : les cantonales et les législatives. Ce qu’on peut en retenir c’est
que, si les deux dispositifs sont différents, ils sont tous deux très
défavorables aux femmes : au Conseil général de La Réunion, elles sont 5
sur 49 (près de 10%) ; à l’Assemblée nationale, les femmes détiennent
18,5% des sièges pourvus en 2007.
Enfin, si les mandats délivrés lors de
scrutin de liste peuvent donner lieu à des passages de relais entre titulaire
et suppléant(e), ce cas n’est pas prévu par la loi en ce qui concerne les
législatives : en 2005, Paul Vergès a pu laisser sa place au Sénat à
Gelita Hoarau ; comme il l’a fait aussi au Parlement européen avec
Madeleine de Grandmaison. Elie Hoarau également a démissionné en décembre de
son mandat de député européen et a été remplacé sans qu’il y ait de nouvelles
élections.
Rien de tel en cas de vacance du mandat de
député : hormis cinq cas très particuliers détaillés dans la loi, il
faut obligatoirement une élection partielle.
Du point de vue qui est celui de l’U.F.R, «
le redécoupage électoral et la création de deux nouvelles circonscriptions, la
6e et la 7e, étaient l’occasion rêvée pour donner une
nouvelle impulsion à la parité, pour susciter de nouvelles candidatures et
avoir de nouvelles élues PCR à l’Assemblée nationale » résume la
présidente du mouvement.
Son intervention vise à faire prendre
conscience du gâchis qui est en train de se préparer.
Un immense gâchis. C’est bien ce qui vient à
l’esprit devant ces militantes communistes, engagées pour la plupart depuis des
décennies au PCR, qui aujourd’hui disent leur incompréhension et leur
indignation devant le choix de leurs dirigeants.

La salle est attentive, très
réactive, surtout quand l’oratrice fait part de « pressions »
exercées dans certaine mairie de la circonscription pour empêcher des femmes de
participer au rassemblement.
Elles sont venues nombreuses du Tampon ou de
Saint-Pierre – où Huguette Bello a commencé à militer il y a maintenant plus de
40 ans. Elles sont venues souvent en famille. Elles ont préparé un repas qui
est réchauffé sur place et partagé dans un esprit de fraternité. …Le même
esprit qui existait aussi au PCR, autrefois, mais qui s’est étiolé avec l’absence
de vie des organisations du parti, ou au fil de décisions qui ont démantelé les
sections, dressé des camarades les uns contre les autres… Le “déphasage” entre
ces deux organisations presque jumelles – l’une est née en 1958, l’autre
en 1959 – est aujourd’hui saisissant.
Farfadet :
un théâtre d’expression populaire

Une représentation
théâtrale, par la compagnie Farfadet, a enthousiasmé la salle. Les acteurs –
une vingtaine de personnes – sont aussi les auteurs du texte : ils
ont dit leur mal-être devant certaines évolutions de la société moderne, dont
la bureaucratie déresponsabilise les Réunionnais. –“Matant, ou vé gato ?
Alé domann l’ARAJUFA !” ou bien “Alé domann la Post”, “Alé domann la
Région ! ”, Alé domann gouvèrneman ! ” La troupe Célimène
et des femmes du Barrage se sont unies pour ce travail de longue haleine – il
est mené depuis deux ans – avec la Compagnie Farfadet.